Les jeux vidéo dans la vie des jeunes

Addiction, drogue, agressivité… Tous ces problèmes comportementaux sont associés aux jeux vidéo. Pourtant, la réalité est toute autre. Selon des études réalisées récemment, les jeux vidéo ne serait pas aussi dangereux et mauvais qu’il n’y parait. Ils pourraient même améliorer certaines de nos capacités.

Ils ont été accusés de bien des maux. Les jeux vidéo augmenteraient les risques de consommer des drogues, d’adopter des comportements sexuels à risque, de montrer des troubles du comportement… Pour les parents qui n’ont pas connu cette activité́ étant jeune, cet engouement de la nouvelle génération peut vite devenir une source d’inquiétude et de conflit. Et pourtant: en réalité, seul le risque addictif a été confirmé. 

Le Dr Bruno Rocher, psychiatre spécialiste des addictions aux jeux au CHU de Nantes et intervenant au 17e Congrès de l’Encéphale, confirme que le tableau n’est pas aussi alarmant que certains le prétendent. «Les troubles de l’usage des jeux vidéo confirmés allient un usage intensif (avec perte du contrôle du temps passé sur ces jeux, priorité́ donnée sur tout le reste, poursuite de la pratique en dépit de ses conséquences négatives) et une souffrance notable pour le joueur ou ses proches, sur une durée d’au moins un an. Or ce tableau de l’addiction concerne au final moins de 3 % des jeunes, ce qui veut dire qu’au moins 97 % ne sont pas concernés. On observe plus souvent, dans 10 à 15 % des cas, des usages excessifs transitoires qui nécessitent une attention et un bilan, mais pas forcément de prise en charge médicale.» 

Seraient particulièrement à risque les Massively Multiplayer Online Role Playing Games(MMORPG), qui se présentent comme un monde virtuel dans lequel chaque joueur incarne un personnage évolutif, et le Multiplayer Online Battle Arena (MOBA), tel League of Legends , associant combat et stratégie en équipes. 

Parmi les joueurs qui deviennent dépendants, certains vivent dans un contexte difficile qui les rend plus vulnérables aux addictions. D’autres ont une comorbidité́ psychiatrique, ou des antécédents d’addiction au cannabis ou à l’alcool, etc. Finalement, le seul point commun à presque tous ces accros est que, dans leur très grande majorité, il s’agit de jeunes hommes de 20-25 ans ayant du mal à prendre en main leurs vies d’adulte. 

«Pour toutes ces raisons, il ne faut pas diaboliser les jeux vidéo, insiste le Dr Rocher. Au contraire, il faut saisir l’occasion d’en discuter avec son enfant pour comprendre quel intérêt il y porte. C’est très structurant pour un jeune d’avoir un parent qui reconnait qu’il est fort dans un domaine ou que le jeu est beau et/ou amusant et/ou stratégique, selon les cas. A contrario, il ne faut pas se laisser déborder par les jeux vidéo mais instaurer d’emblée des limites. C’est d’autant plus facile que les deux parents adoptent cette attitude précocement et que leur décision commune a été́ annoncée et argumentée. 

  Jeune fille jouant sur son lit d’hôpital

« L’addiction aux jeux vidéo ne présente pas de différence avec les autres addictions » 

Pour le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre, addictologie à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) et à l’initiative de l’association, «l’addiction aux jeux vidéo ne présente pas de différence avec les autres addictions. Elle suppose une négligence de soi et une vie qui tourne autour du sujet de l’addiction. Seul ce plaisir compte, d’où des répercussions sur la vie sociale, familiale, scolaire, professionnelle. Il y a aussi bien souvent des négligences importantes sur le plan sanitaire (pas d’hygiène, dénutrition, fatigabilité́, etc.) et des conséquences financières.» 

Un bilan est indispensable au moindre doute. C’est évidemment plus simple si le jeune veut bien aller consulter. «Lorsqu’il accepte de se soigner, un suivi psychologique, individuel si possible, couplé à des séances en groupes, donne de bons résultats. Ce suivi se fait volontiers en hôpital de jour», explique le Dr Rocher. Lorsque le jeune refuse de consulter, les parents peuvent bénéficier d’un accompagnementdans certains services d’addictologie. Cela peut suffire à̀ dénouer certaines situations conflictuelles et amener le jeune à consulter ou, à défaut, a accepté un premier contact par téléphone ou par mail. «Il n’y a que si la situation est gravissime (avec un enfermement qui perdure et un tableau de dépression majeure) que se pose la question de l’hospitalisation en psychiatrie sous contrainte. Cette situation reste exceptionnelle», insiste le Dr Rocher. 

Seul bémol: les besoins en soins spécialisés ne sont pas couverts. «Il faudrait un centre de recours par région pour avoir des groupes de parole, même si les consultations jeunes consommateurs permettent déjà̀ de mailler le territoire, et donc d’assurer une première prise en charge. Il faudrait, en- fin, deux ou trois services en France qui aient les moyens de faire de la recherche sur l’addiction aux jeux vidéo», conclut le Dr Rocher. 

Des jeux à l’impact grandissant 

La structure du jeu vidéo ne sert pas qu’au loisir. Elle peut être utilisée en santé, par exemple dans un but éducatif, pour familiariser un jeune à une maladie chronique (asthme, diabète, etc.). Les jeux peuvent aussi aider à détourner l’attention lors de la pratique d’un geste réputé́ douloureux, donc rendre des soins plus acceptables. Chez les victimes d’un accident vasculaire cérébral à l’origine de séquelles, les jeux vidéo trouvent leur place dans la rééducation. Enfin, dans les Ehpad, ils permettent aux personnes âgées de stimuler leur mémoire et d’entretenir leurs réflexes. 

Pour autant, lorsqu’il s’agit de joueurs adolescents, les préjuges ont la vie dure. «Hormis les joueurs qui souffrent par ailleurs de troubles psychiatriques graves, la confusion entre vie réelle et vie virtuelle est rare», rassure le Dr Fatma Bouvet de la Maisonneuve. 

Autre idée fausse, jouer entrainerait une rupture avec tout lien social. «Là encore, c’est vrai pour les 3 % d’addicts, mais pas pour les autres joueurs. La communauté́ des gamers se montre même assez solidaire, comme en témoigne le Z Évent, qui est un marathon de jeux vidéo caritatif ayant rapporté́ 1.094.731 € de dons à Médecins sans frontières en 2018», insiste le Dr Bouvet.

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Jeune hospitalisé se divertissant en jouant à des jeux vidéo.

De nouvelles compétences acquises

Dernier préjugé, les jeux violents virtuels pourraient générer de la violence réelle. «En fait, pour certains, ce peut être un exutoire, donc un moyen de ne pas retourner cette violence contre soi ou contre les autres, poursuit le Dr Bouvet. De plus, souvent, c’est d’abord la stratégie du jeu et/ou le graphisme et/ou l’histoire qui priment. Certains jeux sont des œuvres d’art. Plus un joueur est exigeant sur la qualité́ d’un jeu vidéo et plus c’est rassurant: cela signifie souvent qu’il s’agit davantage de passion que d’addiction.» 

Pour toutes ces raisons, et en dépit de leurs inquiétudes, les parents ne doivent pas couper leur enfant du XXIe siècle. Il est plus constructif de regarder ce qu’il fait sur son ordinateur: joue-t-il vraiment en continu à des jeux vidéo? Ou regarde-t-il aussi des tutos scientifiques, des séries TV en Relay? 

«Être devant l’écran n’est pas forcément synonyme de jouer et même si c’est le cas, les jeux vidéo améliorent l’anglais, la coordination, la stratégie, les réflexes, etc. Le problème n’est donc pas d’y jouer, mais d’y jouer de façon addictive», insiste le Dr Bouvet. Contrairement à la télévision, qui vous laisse passif, les jeux vidéo sont proactifs, insiste le joueur professionnel Sardoche: «Il faut anticiper les trajectoires, avoir une bonne coordination visuo-motrice et prendre des décisions stratégiques ultrarapides. À raison de 8-9 actions par seconde, on développe agilité et synchronisation!» 

Un exemple à suivre

Champion de France 2015 avec son équipe du jeu League of Legends, ex-joueur e-sport et aujourd’hui influenceur, Sardoche, 25 ans, s’est pris au jeu dès l’âge de 7 ans sans jamais lâcher ses études. Un parcours hors norme! «En primaire et au collège, je jouais déjà̀ 2-3 heures par jour et il m’arrivait de faire des sessions de 5-6 heures. Au lycée, 5-6 heures par jour avec des sessions de 12- 13 heures. En prépa puis en école d’ingénieur, 10-12 heures par jour avec des sessions allant jus- qu’à 24 heures!» 

À ceux qui prétendent que les jeux vidéo isolent et abrutissent, il rétorque: «J’ai commencé́ à jouer en ligne avec des copains que je connaissais déjà̀, puis rapidement avec des inconnus qui sont devenus de très bons amis. Les jeux ne m’ont jamais empêché́ d’avoir d’autres activités (guitare, piano, tennis), ni de mener à bien ma scolarité́: j’ai eu mon bac S avec mention bien à̀ 16 ans, puis j’ai intégré́ une prépa, avant d’entrer en école d’ingénieur en informatique. De quoi rassurer mes parents!» 

C’est en école d’ingénieur que le jeune homme a touché ses premiers cachets. «J’y suis resté trois ans avant de décider de faire une pause: il ne me restait qu’un an de stages pour valider ma formation, mais c’était incompatible avec ma carrière d’e-gamer.» Pour l’avenir, le jeune homme se voit bien «prof de maths. Aujourd’hui, j’ai arrêté ma carrière d’e-gamer pour me consacrer au streaming et partager mes stratégies: je vis grâce aux joueurs qui s’abonnent à ma chaîne. À raison de 8- 15 heures de Stream par jour et des sessions de jeu pouvant aller jusqu’à̀ 40 heures, je gagne bien ma vie.» 

Aux parents inquiets de voir leur enfant passer beaucoup de temps sur des jeux vidéo, Sardoche répond que «c’est une passion comme une autre». Le jeune homme reconnait que, pour être au top niveau, il faut jouer énormément. «Cet entrainement plus ma prépa m’empêchaient souvent de dormir plus de trois heures par nuit. Mais jouer m’aidait aussi à décompresser.» 

«On ne sait jamais d’avance si on pourra faire carrière, mais je préfère essayer que d’avoir toute ma vie le regret de ne pas avoir tenté́ le coup! Les métiers en rapport avec les jeux vidéo sont multiples: joueurs professionnels, dessinateur-illustrateur, programmeur, game designer, scénariste, testeur… Encore faut-il en avoir le talent. Exactement comme en sport ou en musique, jouer beau- coup ne suffit pas à̀ faire de vous un professionnel!» 

« La plupart des pathologies liées aux jeux vidéo touchent les mains »

Les joueurs s’exposent parfois à des problèmes physiques. Les casques de réalité virtuelle peuvent entrainer nausées, vertiges et sècheresse oculaire. Mais la plupart des pathologies liées aux jeux vidéo touchent les mains. Certaines sont exceptionnelles, comme la rupture du tendon du muscle long extenseur du pouce, survenue chez un joueur ayant utilisé son portable de façon intensive (pendant plusieurs semaines) pour s’adonner au jeu Candy Crush. Il aura tout de même fallu une chirurgie réparatrice avec l’un des deux tendons extenseurs de l’index pour réparer son tendon lésé. Sans aller jusque-là, la survenue de tendinites (inflammations du tendon) apparues chez les addicts à la Wii a surpris certains e-sportifs en herbe! Enfin, dès lésions très douloureuses au niveau de la paume des mains (Idiopathic Eccrine Hidradenitis), dues à des frottements cutanés intenses et à la transpiration, peuvent survenir au cours d’une pratique intense. Qu’il s’agisse de tendinites ou de lésions cutanées, tout rendre dans l’ordre après arrêt complet du jeu pendant plusieurs semaines. 

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