Les Assises du Journalisme de Tours sont l’occasion, chaque année, de voir les professionnels du métier se réunir dans un seul et même lieu pour aborder divers thèmes. Cette année, et sans surprise, l’épidémie de coronavirus, raison du report des Assises du Journalisme, a été le thème clé de ces 2 journées. De nombreux intervenants, journalistes ou non, sont donc venus donner leur avis sur cette crise sans précédent.
Durant 2 jours, journalistes, ministres, professeurs ou encore sociologues sont intervenus pour donner leurs avis, expertises, vision de la pandémie. La France, sa gestion de la crise, les médias nationaux, ont été largement évoqué, donnant des précisions sur ce qu’a été le Covid dans l’hexagone.
Un traitement progressif, une préparation nulle
14 février 2020, sans doute la date qui a tout changé en France. Le vendredi 14 février, un touriste chinois de 80 ans décède à l’hôpital Bichat à Paris. Après 3 semaines d’hospitalisation, il est le premier mort du coronavirus, hors Asie et en Europe. C’est là que tout a basculé.
En janvier, les premiers cas arrivent en France, la population et le gouvernement ne prêtent, d’apparence, que peu d’attention à cette épidémie touchant l’Asie. Après le premier décès dû à la maladie, le traitement de l’information augmente, dissipant peu à peu les autres sujets. Politique, sport, plus rien n’a vraiment d’ampleur face à une maladie dont on ne sait rien. Les journaux télévisés et les chaines d’informations traitent, de plus en plus, cette épidémie. Mais la France et le gouvernement ne semble pas agir. « Faut-il s’en inquiéter ? », c’est le sujet le plus présent dans les médias français.
Par ailleurs, les avis et les expertises divergent sur tous les points. Danger, contamination, protection, on ne sait pas vraiment que faire. C’est ce que confirme Antoine Guélaud « tel médecin disait X, un autre disait Y… On a pu que relayer les incertitudes ». Car c’est bien l’incertitude et le doute qui subsistait face à cette épidémie. Roch Olivier Maistre le confirme et parle lui d’une « parole médicale incertaine ou contradictoire », laissant place à des débats, des avis divergents et une confusion certaine. Celle-ci se traduisait aussi en politique où on ne savait pas vraiment quelle mesure prendre.
Face au comportement des autorités françaises et du gouvernement, les envoyés spéciaux en Chine ou en Italie s’agacent. Roch Olivier Maistre, président du CSA explique qu’Arnaud Miguet, correspondant pour France Télévisions était « énervé par la réaction française face au Covid ». Une inaction et des mesures inexistantes alors que selon lui, « c’est une période où on devait savoir comment ça se passait en Chine, en Italie, en Allemagne ». Nos voisins ont été fortement touché avant nous, et nous aurions dû prendre note et agir plus tôt. Finalement, la France a été prise par surprise, et le pays se relève difficilement de la crise.
Une réorganisation réussie
Touchée de plein fouet dès la fin février, la France doit réagir. Le 14 mars, Édouard Philippe, alors Premier Ministre de l’État français déclare le confinement national, effectif à partir du 17 mars à 12h. C’est le début d’un long moment qui durera jusqu’au 11 mai pour les français. 55 jours où les français ont dû rester chez eux, seuls pour certains, en famille pour d’autres, à la campagne ou dans les villes, c’est la même chose pour tout le monde. Mais les médias, eux, doivent continuer leur travail. Ils sont confrontés à une réorganisation drastique, rapide et inévitable.
Anne-Claire Coudray, présentatrice des JT de TF1 le week-end s’est exprimée à ce sujet. La rédaction de TF1 « louait des appart-hôtels » pour que les journalistes puissent continuer à travailler, en binôme. Mais il fallait faire plus, avec d’énormes contraintes de logistique et de déplacement. « Il a aussi fallu se renouveler » dans les sujets du JT, un travail « très dur mais galvanisant » explique-t-elle. Roch Olivier Maistre a confirmé ces propos. Le président du CSA a confié « J’ai été épaté de la façon dont les médias se sont adaptés à la crise ». Les français avaient besoin d’être au courant de l’actualité et malgré « des personnes malades, des équipes en télé travail, une réorganisation totale », l’information est toujours parvenue jusqu’à la population.
Aussi, pour être plus proche les téléspectateurs pendant ce difficile et long confinement, de nouveaux formats ont été mis en place. C’est ce qu’indique Franck Moulin, directeur adjoint de la rédaction de BFMTV. La chaine faisait « BFMTV répond à vos questions », un rendez-vous où les experts répondent aux questions des téléspectateurs deux fois par heure au plus fort de la crise. Tout cela pour fidéliser, rassurer, et entretenir le lien avec le téléspectateur. C’est aussi ce qu’a fait Yassin Alamy avec son concept « Chaise Pliante » pour « Parler de la question de la pandémie dans les quartiers. » Encore un nouveau concept, une nouvelle idée, vouée à nouer et entretenir le contact humain.
Paradoxes et enseignements
Malgré une réorganisation drastique des rédactions, des efforts considérables du monde du journalisme, nombres de paradoxes restent en suspens. Ceux-ci viennent contredire, et minimiser, tous les efforts consentis à la perpétuation de l’information et à ses valeurs les plus simples.
Tout d’abord, 60% des français estiment que l’épidémie de Covid-19 a été trop massivement traitée, sa place était trop importante dans les médias français. Un constat que ne partage pas et ne comprenne pas vraiment Anne-Claire Coudray et Franck Moulin. « Quand ça a tout envahi, empêché quoi que ce soit d’autre, on ne pouvait pas faire autrement », on les accusait même de d’entretenir « une sorte d’angoisse et de déprime » affirme la présentatrice. Un constat partagé par Franck Moulin, qui insiste « le fait de parler pendant plusieurs heures ou jours de la une c’est le cœur de notre métier ». Finalement, que faire de plus que 1000 sujets sur la pandémie quand le sport, la culture, et tous les autres thèmes à aborder sont à l’arrêt ? Avaient-ils vraiment le choix ? La question peut se poser.
Géraldine Poels a aussi soulevé une question qui corrobore l’idée mise en avant précédemment, n’a-t-on pas trop parlé de cette épidémie ? Pour les épidémies de grippe comme la H1N1 en 2009, on décompte 1000 sujets alors qu’on n’en compte pas moins de 8000 en 6 mois pour le Covid-19. Et pour le VIH ? Si le coronavirus a été largement traité notamment de par son nombre de morts s’élevant aujourd’hui à 1 million de décès pour 37 millions de cas. Mais le virus du Sida tue lui 1,7 millions de personne par an pour 45 millions de cas dans le monde, et pourtant, on n’en entend presque pas parler.
Enfin, le Covid aura aussi permis de tirer un bon nombre d’enseignements pour le futur. Les chaînes et médias sauront réagir et se réorganiser en cas de nouvelles pandémies. L’information, dans les quartiers populaires, peut être transmise, le travail du journaliste s’est encore perfectionné, avec plus de fact-checking, de debunking. De nouveaux moyens d’interagir avec le téléspectateur en télé grâce aux formats questions/réponses. De nouvelles manière de travailler aussi, en France comme au cœur d’une épidémie. La prochaine fois peut-être serons-nous plus réactifs, précautionneux, et préventif face à une éventuelle pandémie. Un chose est sûre, cette pandémie aura, et le constat fut unanime, bousculé bien des traditions et des manières de faire.
